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vendredi 19 mars 2010

Voilà pourquoi les enfants n'aiment pas grandir

Entre incompréhension et désillusion, voilà où se situent les impressions d'Elisabeth.
Elle s'est arrêtée d'évoluer l'espace d'un instant car elle essaie de comprendre.

Un brouillard d'idées parfaitement révolutionnaire est sur le point de jaillir de son cerveau sans pour autant qu'elle puisse les utiliser encore.

Elle sent un monde de ressentiments voir le jour. Un monde dont elle ignorait tout jusqu'à maintenant. Et si elle n'a pas encore la faculté de savoir que toutes ces nouvelles idées avec lesquelles on change un monde la suivront toute sa vie, elle peut dès à présent percevoir un goût étrange. Elle commence à percevoir inconsciemment qu'il se passe quelque chose dans sa tête. Une saveur semble gagner toutes les idées qu'elle a logé en elle depuis la nuit des temps, depuis son propre commencement.

L'encre a une odeur bizarre. L'encre qui écrit sur la feuille ce que personne ne pourra plus jamais effacer a cette odeur caractéristique que l'on n'oublie jamais après l'avoir senti une fois.

C'est l'odeur qu'il y a dans la tête
d'Elisabeth alors qu'elle regarde la voiture s'en aller. Et on sait tous que se goût a des pouvoirs étrange tout le reste de notre vie.

Elle suggère à son corps de répondre, tente de protester contre ces choses qui ne devraient exister, contre cette voiture qui s'en va, contre les gens et contre sa mère.
Mais son corps refuse. Comme s'il s'en moquait. Comme s'il était déjà adulte, lui.
Il lui vint une sorte d'impression curieuse.

La révolte.

La révolte de sa tête contre son propre corps - ce goût, également, on ne l'oublie jamais.
...Et contre sa mère, aussi.

Comment les enfants ont décidé d'en finir



Il y a des enfants qui pensent, eux, que le monde, passé un certain âge, devient moche et terrible.

Terrible surtout.

Si bien qu'ils ont peur de grandir.


J'en connais. J'en connais au moins un.

Son regard m'offrait de partager ses craintes lorsqu'il regardait le spectacle du monde.

Peu a importé de savoir combien d'enfants seraient présents pour le doux Concerto de la Folie en incompréhensible Majeur. Peu a importé au monde de savoir combien ne comprendrait pas. Peu a importé de savoir combien, malheureux qu'ils ont été, combien d'enfants on, eux, parfaitement compris ce qu'il se passait.
Les adultes engendrent un monde qui gagne du terrain.

Peu a importé aux gens, qu'on ne peut appeler ainsi que parce qu'ils ne sont plus des enfants, peu leur a importé de voir leurs propres enfants préférer la mort que l'oubli.

Comme ces petites pensées solitaires qui sont dans nos têtes, qui fuient notre intellect, et qui donnent un goût amer à tous le reste de notre existence. Comme ces petites pensées qui fuient pour ne pas être oubliées et dont le goût n'est autre que la réminiscence de ces mêmes petites idées qui rejaillissent de temps à autre dans notre mémoire consciente.

De temps à autre on se souvient.

De temps à autre on se rappelle nos belles pensées.

De temps à autre on se met à pleurer. Pleurer parce qu'on est plus l'enfant qu'on était, et que, encore aujourd'hui, des fois on préférerait la mort que d'avoir eu à grandir.

Ce qui c'est passé n'est pas un hasard, semble-t-il. Ce qui s'est passé devait se passer, peut-être, parce que nous pouvons tous, à notre façon, justifier ce qu'ils ont fait, et parce que nous aurions tous être à leur place un moment ou un autre.

Plus de sept cent mille enfants aux quatre coin du monde, une même longue nuit ont refusés d'oublier.

Personne ne demande pourquoi. Tout le monde s'est vu un instant à leur place.

vendredi 5 février 2010

Voilà pourquoi les enfants sont à jamais seuls

Après la mort des enfants, le monde saigna pendant une année entière.
Il ne s'agissait pas là du deuil de chacune des familles, non.
Chacune des familles, chacune de leur côté, mettra plusieurs années à s'en remettre.

Non.
Il s'agissait bien là de l'enfance du Monde qui s'était donnée la mort. Pas simplement des enfants, des milliers d'enfants. Non, pas simplement.
L'enfance du monde.
Pendant plus d'un an, il sembla que l'on pu ressentir partout autour du globe que le Monde n'avait plus de descendance.
Chaque parent se sentait seul. Chaque ville, chaque village ne possédait plus ses formidable “génération futures”. Tous, absolument tous, tout le monde, le monde entier, en passant par les vieillards et les adolescent, tous avait perdu leurs chers enfants, leurs bambins...

Ceux qui vivait toujours se faisaient coudre à même la peau, en fil de coton blanc, le deuil qu'on leur ferait porter toute leur vie.

Cela se fit en un instant.

En un instant, tous les survivants se firent coudre sur la peau le deuil et la culpabilité. Ce fil de coton blanc formait des lettres incompréhensibles - comment écrire ce qu'on ne peut comprendre?
Les enfants furent marqués de cette blessure.
Ceux qui avaient survécu.

Au tout début, ils souffraient de ne pas savoir les lire ; comprenaient, ou on leur faisait comprendre qu'ils étaient trop jeune pour comprendre mais qu'ils comprendraient en lisant.
Puis ils ont appris à lire et ne comprenaient toujours pas. On leur dit qu'il leur manquait le vocabulaire...
Le Vocabulaire.

Puis ils devinrent adultes.
Ils devinrent adultes et comprirent qu'ils ne comprenaient pas, tout simplement parce que les lettres qui leur déchiraient encore la peau ne formaient pas de mots, ne formaient pas de lettres.
Peut être parce qu'il n'y avait rien à dire, et que les adultes ne voulaient tout simplement pas oublié, alors ils ont décidé d'écrire ce qui s'étaient passé, sans trouvé les mots pour le raconté, sur leurs propres enfants.
Les enfants qui étaient devenu adultes se rendirent compte que l'on avait écrit sur eux le poids d'une blessure que personne ne voulaient oublier. Leurs parents avaient écrit sur les survivants et avaient cousu sur eux en lettre illisible de ce coton blanc mystérieux le Malheur pour ne pas oublier que leurs enfants étaient morts. Et ces grands enfants, à chacun des mouvement qu'ils devraient faire tout au long de leur vie, souffriraient de cette blessure qui ne se refermera jamais. Parce que leur aïeux ne veulent pas oublier que leurs enfants sont morts.

Les survivants ne comprirent jamais, faute de ne pouvoir le lire, ce qui c'était passé.

Et à chaque pas qu'ils faisaient dans la vie, on les regardait comme des survivants...

jeudi 4 février 2010

Voilà pourquoi les enfants son silencieux.

Toutes les choses qui flottent dans l'air sont perçues par les les enfants.
Mais Magalie, elle, ne le dirait pas de cette façon.
Magalie pense, elle, qu'il y a plein de choses qui lui échappent.
Elle a hâte de grandir, d'ailleurs. Puisqu'en grandissant, on comprend mieux les choses.

C'est papa et maman qui disent ça, souvent.
Et même si de temps en temps, comme on sent une légère piqûre, elle pense qu'ils se trompent secrètement, elle a fini par admettre cette axiome. Mais n'y croit pas vraiment. Disons plutôt qu'elle l'a admis comme on admet quelque chose qui n'a pour nous ni sens , ni aucune espère d'importance...
L'impression que lui fait d'ailleurs cette espèce de vérité extra-terrestre est la même, à chaque fois qu'il lui prend de se la dire en elle-même. « Papa et maman comprennent mieux les choses... parce qu'ils sont grands ».

Aucun sens.
Comme si ces mots étaient associés librement dans une phrase incorrecte syntaxiquement. Des mots que, pense de temps en temps avec effroi Magalie, seul un automate dépourvu de vie pourrait prononcer...
Elle ne sait pas pourquoi elle repense à cette histoire d'automate.
Une petite fille au milieu d'une conversation, un jour, avait glissé l'éventualité que certains adultes pourraient être des machines, tellement il semble que ce qu'ils disent est bizarre des fois, avait-elle dit.
Magalie y pense de temps à autre avec une sensation curieuse, mêlant l'improbable et le parfaitement cohérent.

Magalie aime sa maman.
Et il n'est pas question de savoir si réellement maman a tort ou raison. Ce qui est sûr c'est que sa maman n'est pas une machine.
Elle se sent coupable de blasphème, un peu, à chaque fois qu'elle pense distinctement à sa maman et à ce que lui avait dit cette petite Margaux, sur les automates.
Papa... papa, peut-être, oui.
Mais peut-être est-ce normal. Après tout, les adultes sont très loin des choses que l'on sait. Il semble assez logique que leur vie, leurs habitudes tout le reste le soit aussi.
Non. Un automate, maman, jamais...

Magalie n'est pas stupide. Elle sait que deux robots qui s'aiment ne font pas un bébé humain. Ses compétences en biologie ne s'étendent pas plus loin. Pas au point de savoir si d'un amour entre un robot et une humaine peut naître un bébé humain.
A moins que...
Et puis Magalie se souvient que ça fait déjà longtemps qu'elle n'a pas pleurer.
Et puis elle cherche dans sa mémoire...
Non. Elle ne se souvient pas avoir déjà pleurer.
Elle cherche.
Oui... les enfants pleurent.
Les enfants... humains.

Elle reste là, un instant. Comme en suspension au milieu de ces idées très graves qui lui sont passées dans la tête. Le souffle coupé. Dans un état... pas un état de choc, mais plutôt avec le désir de se laisser un temps de répit avant d'y penser...
Même en pensant à ses parents, elle n'arrive pas à se rassurer. Comment sa mère aurait-elle pu tomber amoureux d'un robot par inadvertance?
Impossible... Enfin, il semble peu probable que la maman de Magalie se soit fourvoyé à ce point.
...
Peut-être que sa mère le savait.
Peut-être que sa mère est tombée amoureuse d'un robot de façon parfaitement consciente.
Peut-être même que ses parents voulaient un bébé un peu mécanique...
Magalie a l'impression d'entendre cette petit camarade à côté d'elle, profiter de toutes ces questions pour s'immiscer dans sa conversation intérieure.
Elle sait bien, Magali, que ces choses là n'existent pas. Ce ne sont peut-être même pas ses propres idées qui la travaillent, mais bien les idées de cette fille bizarre.

Elle se demande si les gens peuvent, par des moyens étranges, s'introduire dans la tête des autres pour y résider insidieusement et de façon permanente... Elle se demande si par hasard toute cette conversation qu'elle poursuit avec elle-même est réellement issue de sa propre volonté ou bien si c'est la volonté de cette petite fille, Margaux, avec son seau et sa petite pelle faisant semblant de jouer dans le bac à sable...

Et que penserait son père de toutes les idées qui lui passent par la tête? Son père...
Aurait-il voulu avoir un bébé mécanique, lui?
Magalie se demande s'il aimait tellement sa maman qu'il a renoncé à son rêve de bébé mécanique pour avoir une fille à moitié humaine seulement.
Elle est un peu rassurée.
Ça confirme un peu ce que son papa lui a dit quelques jours plus tôt. Qu'il aime sa maman plus que tout.
C'est pour cela qu'ils partent.
Tu es le fruit de cet amour, lui a-t-il dit ensuite, alors oui, bien sûr que je t'aime. Et je t'aimerais toujours, quoi qu'il arrive... tu es mon poussin.

Elle regarde par la fenêtre arrière de la voiture et se demande si on peut aimer toujours.

Non.
Magalie a pris son parti de penser que non, toujours n'existe pas. Si non maman serait assise sur le siège avant de la voiture. En fait, ils ne seraient même pas dans la voiture à cet instant puisqu'ils ne seraient pas en ce moment même entrain de quitter sa maison. Celle qu'elle aime parce qu'elle lui fait penser à maman...

Elle choisi de ne pas répondre à la question du toujours immédiatement. Connaître la nature exacte de son père est une question assez délicat pour choisir de prendre son temps pour répondre.
Magalie arrête là sa pensée. Encore.
En même temps que toutes ces impressions qui flottent à présent dans sa tête et sur lesquelles elle reviendra il passe un elle un constat plus terre-à-terre que tout les autres.

C'est éprouvant de chercher dans l'inconnu des réponses. Et puis ces questions... suis-je sûr d'en saisir l'importance? (Elle ne se pose pas cette question en ces termes exactes mais elle éprouve un gros doute indistinct concernant les problèmes qu'elle soulève).
Elle se retourne brutalement.
Les idées sont balayées d'un courant d'air de réalité. Le bruit du gravier.
Son père est sorti de la maison et s'approche de la voiture.

Elle prend soin de cacher derrière un lourd rideau tout ses doutes. Hors de question que son père les voit.
Son père monte dans la voiture, Magalie prend une mine de circonstance pour jouer la comédie, mieux que jamais.
Qui donc est-il?

Il ne comprendrait pas. Ou si, mais il serait vexé, peut-être.
Elle attendra d'être seule pour libérer ses questions et leur donner une réponse.

Elle pense que ça y est.
C'est donc maintenant. Elle n'a plus de maison. Et n'a plus sa maison. Celle de maman.
Ça aussi, d'ailleurs: comment est-ce possible?

dimanche 3 janvier 2010

Voilà pourquoi les enfants n'aiment pas dormir

Cette douce mélodie montait à leurs oreilles lorsqu'ils apprenaient la nouvelle.
Ils étaient tous étendu dans l'herbe d'été. Verte et grasse.
Étendus là. Et ils écoutaient.
Les flots de paroles jetés par Alexandra tombaient de sa bouche. Les mots semblaient se trainer sur le gazon. Ils se trainaient difficilement, sans doute à cause de la signification qu'ils avaient et qui les rendaient lourds et graisseux.
C'est quand il arrivait à la première oreille de celui qui était le plus près que le premier mot arrêtait son voyage.

Ils étaient cinq étendu là. Ils étaient cinq à donner leur vie aux lèvres d'alexandra pour qu'elle continue à leur raconter lentement, trop lentement semble-t-il, le récit de ce qui était arrivé aux deux frères.
Une lenteur qui devenait au fur et à mesure surréaliste.
Et chacun d'eux écoutait, saisissant chacun leur tour les mots qui arrivaient à leur oreilles après leur long voyage. Brulés par le soleil. Les mots avait cette chaleur qu'on ne peut entendre qu'en été.

Aucun mot n'est aussi lourd en hiver.
Et aucun mot n'est aussi brûlé qu'en été, quand ils voyagent avec lenteur.
La mélodie qui passait à la radio devenait de plus en plus forte. Gênante. On l'entendit tellement qu'on se mis à ne plus comprendre ce qu'Alexandra disait. On se mit à la faire répéter. Cette musique... On se mit à se concentrer sur ses lèvres et on se mit à froncer les sourcils.
Puis on éteignit la radio.

Le soleil fit tout d'un coup mal aux yeux. Le ciel était d'un bleu profond et les garçons mettaient leur main en pare-soleil car alexandra était restée debout.
La musique qu'ils oublièrent aussi tôt qu'ils avaient éteins l'émetteur s'incrustait insidieusement au fond de leur mémoire comme un rappel. Un rappel qu'ils ne comprenaient toujours pas des années après. A chaque fois que passait la chanson If 6 Was 9 et qu'ils s'arrêteraient dans leur tâche pour écouter juste une seconde.

Et Alexandra était là, victorieuse, puisqu'elle était la première à leur dire ce qui était arrivé, et qu'à cet age-là c'est important de faire quelque chose en premier. Quoique ce soit. N'importe quoi, même le pire.

Le pire... c'était, en cet instant précis, les cinq jeunes garçons qui le créaient de toute pièce dans leur cerveau, au travers l'histoire qu'ils entendaient comme venant d'une autre planète. Incroyable. Ils est impossible que sur terre arrive quelque chose comme ce qui était arrivé il y a deux nuits, alors qu'eux-même étaient entrain de dormir.
De dormir. Ils s'en voulaient de ne s'être trouvé là-bas, à quelques quatre pâtés de maison pendant que deux jeunes frères s'entre tuaient portés par leur folie. Ils s'en voulaient de ne pas avoir été là pour voir une succession d'abomination que personne ne peut concevoir, encore aujourd'hui. Ils s'en voulaient parce que, ils le surent à l'instant même où ils entendaient Alexandra raconter ce que tout le monde disait, il s'était passer dans cette maison, cette nuit là, des horreurs qui n'existe pas sur terre. Sauf cette nuit là. À quatre patés de maison. Et ils dormaient.
Au lieu de regarder.

Cette idée était tout simplement insupportable. Celui qui est resté seul chez lui tout une soirée, qui s'est ennuyé à mourir, et qui a appris le lendemain que son idole de toujours cherchait, en bas de chez lui, un endroit où dormir, celui qui a vécu cela sait ce que ces cinq garçons avaient dans la tête, alors qu'ils entendaient cette Alexandra leur raconter ce qu'ils auraient dû savoir avant tout le monde. Car ç'aurait dû être eux qui devraient aller de maison en maison pour raconter leur roman.

Le plus grand, dorénavant, détestera par dessus tout perdre du temps.
Par principe, ils ne cessera de raconter autour de lui, ainsi qu'à ses quatre enfants, puis à ses treize petits-enfants, que l'expérience lui a appris qu'en perdant son temps on risque de rater une occasion de faire quelque chose de bien. De faire, rajout-il souvent, quelque chose qui aurait pu changer sa vie les enfants. Et il ne vous resterait que les regrets de n'avoir pas été là. Allez vous amuser maintenant; j'ai déjà assez pris votre temps.
Et les petit-enfants de terminer en disant « à tout-à-l'heure Papi ». Ils l'appellent papi, et lui regrette encore de ne pas avoir vu.

lundi 2 novembre 2009

Voilà pourquoi les enfants ne veulent pas parler aux adultes

De l'aire.
De l'aire.
Margaux veut respirer.

La bouche qui est devant ses yeux continue à remuer en articulant grossièrement. Mais aucun son n'en sort plus depuis quelques minutes.
Elle cherche un souffle, mais l'homme qui agite les lèvres ne se rend compte de rien.
Il parle.
Il dit des mots.
Et ces mots qui viennent les uns à la suite des autres ne veulent rien dire pour Margaux qui n'entends plus.
Il semble que cette bouche grotesque qui remue pour faire semblant d'être vivante s'active comme le ferait un automate obscène, faisant apparaître par moment son intérieur , luisant de salive, écarlates.
La bouche devient énorme et Margaux commence à voir en détail les fines ridules des lèvres, leurs commissures où stagne un peu de salive qui sèche lentement. Blanchâtre.

Elle continue à s'activer. Toujours morte, mais faisant semblant de ne pas l'être.
Qui va-t-elle tromper, cette bouche? Cette bouche est sans vie depuis quelques minutes déjà. Margaux s'en est rendu compte lorsqu'elle a commencé à chercher du secoure dans le regard vide de ce qui est devenu un robot (elle ne s'en rendait pas compte jusqu'à cet instant) qui vomissait ces mots à son attention. Quelque chose n'allait pas dans ce qu'elle entendait, et c'est quand elle en chercha la raison du regard que la réalité lui sauta aux yeux.
Ça n'était plus un adulte qui lui parlait, c'était un robot activant une bouche mécanique cachée sous quelques très fins millimètre d'une peau synthétique qui n'échappait en rien à Margaux.
Elle avait écouté depuis un certain temps déjà cet individu qui semblait plein d'humanité, et maintenant elle voyait la mascarade qu'on jouait à son attention. On voulait lui faire avaler une réalité insupportable, et trop sûr de la naïveté des enfant, on n'avait envoyé qu'une simple machine pour faire passer la pilule.
Mais Margaux est une enfant.
Et elle avait vu, comme tout les enfants l'aurait vu, la supercherie, à l'instant même où elle avait tenté de sonder l'adulte qui lui parlait.
Ça n'est pas la première fois que Margaux remarquait la grossière substitution que l'on fait entre un adulte et un automate.
Elle avait même remarqué que la substitution se faisait souvent à un moment précis.
Lorsque qu'elle sonde l'adulte qui est entrain de lui parler afin d'avoir des réponses à la somme exorbitante d'incompréhension que Margaux a dans la tête. C'est toujours à ce moment, a-t-elle remarqué, qu'elle n'a plus l'adulte d'il y a une minute devant elle. C'est toujours à ce moment, pense-t-elle, qu'on vient transformer devant ses yeux l'adulte en automate, qui ne comprend plus rien aux phrases qu'il termine. Ces phrases emportées par l'élan humain.

Lorsqu'un adulte parle, il ne faut pas chercher de réponse dans son regard, car c'est toujours à ce moment que la substitution se fait et que ce dernier est instantanément remplacé par un automate.
Peut-être est-ce pour que l'adulte ne risque jamais de donner la réponse.
Margaux est entrain d'apprendre qu'elle ne reverra jamais plus ses parents qui l'aimaient... , et elle pense que l'automate est un automate non pas pour qu'elle n'ait jamais de réponse à ses questions, mais pour la simple raison que l'adulte qui serait resté en face d'elle aurait perçu la quantité de questions qu'elle a dans les yeux, et, le pauvre petit adulte, n'aurait, lui, pas eu la force de voir tant d'incertitude.
Pour Margaux, ce transfert n'est pas pour permettre aux adulte de cacher la vérité aux enfants sous couvert d'un automate qui est incapable de répondre. Non. Pour Margaux, c'est simplement que les adultes ne savent pas où sont les réponses aux questions qu'ils se posent, et que ça leur est, contrairement aux enfants, insupportable. Alors à chaque fois qu'ils sont confrontés à de graves questions, ils s'enfuient et mettent un automate à leur place pour ne pas voir ces questions auxquelles ils n'ont aucune réponse.
Margaux revoit une dernière fois l'automate avant de s'enfermer dans un mutisme qui sera très long. Elle le regarde bien. Puis elle s'apprête à tourner le dos à cette machine qui bouge les lèvres silencieusement.
Avant d'accepter son désenchantement, elle aura une dernière pensée. Un conjecture... Elle imagine l'adulte qui a pris la fuite, la laissant seule avec le robot. Elle le voit, les yeux plein d'effroi parce qu'il a failli voir en elle toutes ces questions. Elle le voit en ce moment même s'arrêter de courir et entrer dans une pièce, à quelques couloirs de là, pour reprendre son souffle. Et elle le voit qu'il se met à pleurer.

Margaux ne dira plus jamais rien.

mardi 1 septembre 2009

Voilà pourquoi les enfants n'aiment pas regarder sous les lits...

Il semble que les enfants ne soient pas les seules victimes.
Lorsque Margaux s'est tue pour la dernière fois, s'était pour songer à jamais aux larmes d'un adulte.
Elles sont plus terribles que tout ce que j'ai vu, a-t-elle pensé. Puis son mutisme a fait surface.
Le mutisme.
Il est une sorte de béton encore liquide qui s'insinue dans la moindre anfractuosité de l'esprit. Il dégouline en refroidissant tout à son contacte.
Et puis des moisissures apparaissent au travers certaines parois. Et puis le béton, une foi insinué partout et le plus profondément possible, sèche. Sèche et fige le tout à jamais sans possibilité de récupération.
Le mutisme d'un enfant c'est ça.

On a présenté Margaux à plusieurs adultes. De sages et sérieux adultes qui ont fait pour la plus part des études pour les enfants, pour les aider, puisque quand les enfants ont besoin d'aide, seul un adulte peu les aider...
Mais voilà, Margaux est une enfant. Alors si il y a une personne qui ne peux aider Margaux, c'est un adulte.
Elle a vu beaucoup d'adultes. Et personne n'a compris son mutisme. Personne parce que tous sont adultes.
Il a bien fallu se rendre à l'évidence, en voyant que Margaux s'adressait normalement aux enfants de son âge (toutefois, on décelait une certaine méfiance dans ses yeux lorsqu'un adulte se trouvait à proximité...) : le mutisme de Margaux ne concerne que les adultes...

C'est un adulte qui a trouvé. Il avait fait des études d'une longueur normale.

La vérité que Margaux garde bien au fond de sa tête, c'est, bien sûr, l'enlèvement de ses parents par ces automates qui remplacent petit à petit tout les adultes de par le monde. Des automates dépourvus de conscience pour remplacer ses parents, comme c'est pratique... ainsi les enfants n'auraient jamais les réponses qu'ils cherchent dans leurs yeux.
Les parents ne comprennent pas.
Même après l'avoir interrogée, une lampe dirigée contre son visage pour bien voir son expression neutre, ses parents n'ont pas eu de réponse.
Margaux fut torturée durant une longue, très longue partie de sa tartine du goûté... et puis ils ont éteint la lampe, la lampe du four a micro-ondes, pour lui donner son chocolat chaud.

Il sera écrit dans le grand livre de la mémoire collective :

Margaux, malgré la torture à plusieurs reprises,
à la fin n'a jamais parlé.

Comment peut-on comprendre que son enfant se mette du jour au lendemain à nous regarder avec une pointe de méfiance? Avec, même, un brin d'hostilité dans l'oeil, parfois...?
Margaux aimait ses parents et ne comprend plus le sentiment qui la relie à eux. Elles ne sait pas où ils sont. Et elle aimerait bien les revoir vivant.
Il lui faudrait parler à l'Autorité – celle qui est responsable de leur enlèvement – pour obtenir leur libération, mais comment?
Elle n'aime pas ces deux adultes et préférerait ne pas avoir affaires à eux.
Elle a bien fait des lettres très officielles à coups de croix au crayon feutre sur une feuille. Elle les a laissées sur la table de la cuisine, en espérant que les automates les remettraient en main propres à un supérieur... mais il semble que ça n'ai jamais fonctionné.

Et puis elle a appris à écrire en CP.
Elle compris très vite l'intérêt d'une telle formation pour rédiger des lettres en bonne et dû forme, avec des questions plus précises...

Mais le temps a passé.
Margaux conclu un jour que ses parents étaient sûrement morts, peut-être depuis longtemps. Tués par une autre sorte d'automates qui sont chargés de faire disparaître les anomalies de longue durée ( comprenez ses parents ). Elle conclu également qu'elle ne pouvait plus faire traîner ses lettres sur la table de la cuisine.
Ne connaissant aucune adresse sérieuse où envoyer toutes ses questions – à commencer pas la mort de ses parents ..., il s'agissait pour le moment de les mettre en lieu sûr, car si ont venait à découvrir les raisons de son mutisme On pourrait bien en venir à des solutions radicales pour lui faire cesser sa résistance, comme lui greffer une bouche mécanique.
À défaut de vouloir parler, ils lui feraient faire semblant pour ne pas risquer d'éveiller des soupçons auprès de ses petits camarades. Et faire ainsi passer toute envie de résistance.
Alors elle pris la décision de cacher sous son lit toutes ces lettres, pleines de question adressées à l'Autorité, jusqu'à ce qu'elle trouve solution plus adéquate.
Et ses parents mécaniques, faillant dans leurs mission journalière de rallier à leur cause cette petite fille déviante devenaient de plus en plus aigris.

Ils usaient de temps à autres de subterfuges pour lui arracher un mot, mais en vain. Le stresse mécanique montait dans leurs rouages de mannequins, Margaux le percevait. Elle pouvait les entendre, des fois, verser quelques larmes, ou bien se disputer.

Un jour se déroula l'attaque éclaire.
C'était un matin. Son père monta les escaliers en trombe et immédiatement Margaux pensa à sa bouche mécanique. Elle se crispa dans ses draps et la porte s'ouvrit violemment. On la pris avec force, on la sorti du lit pour la redresser et l'homme l'astreignit de lui dire un mot. N'importe lequel.
Il y eu une seconde de silence... et le regard du père de Margaux devint profond et blanc. Margaux pensa immédiatement au regard pâle des requins qui vont attaquer. Elle n'eut pas le temps d'avoir peur que l'homme se rua sur elle et la secoua de toutes ses forces. Et la bouche la mis en demeure d'articuler une phrase. La violence du père de famille redoubla et Margaux pris peur des conséquences... elle craignit pour sa vie. On appelle ça une machine défaillante et elles peuvent faire n'importe quoi. N'obéissent plus à aucune règles qu'on leur a imposé. Et ce père, à cet instant, aurait très bien pu la tuer... Margaux se mit à crier. Il n'avait pas le droit ! Il n'était pas là pour la tuer !... et elle se mit à pleurée, convulsée par la peur. Elle bredouilla dans les derniers instants qu'elle voulait voir ses parents. Son père l'avait lâché, le regard plein d'effroi.

À la suite de cette incident, Margaux vit de plus en plus un adulte en particulier. Les machines lui expliquaient que l'adulte serait toujours le même, de façon à ce que Margaux s'habitue à lui et ainsi puisse prendre confiance en lui.

Margaux continuait ses lettres, et elles continuaient à gagner le dessous de son lit une fois écrites.

Margaux passa en sixième où elle eu énormément de difficultés. Essentiellement dues aux traîtres qui se faisaient de plus en plus fréquents du côté des enfants. À croire que ses camarades avaient admis la situation sans résistance. Sans vergogne.
De son coté, l'adulte qui lui était attribué avait réussi à éveiller son attention. Il avait simplement, un jour où il voulait probablement rendre des comptes à quelqu'un, demandé à Margaux ce qu'elle voulait. Qu'attends-tu, Margaux? Que veux-tu?
Margot n'eu pas assez confiance pour lui parler de toutes ces questions sans réponses gravées sur du papier de toute sorte se trouvant sous son lit. Elle lui dit simplement qu'elle voulait parler à un responsable qui aurait autorité pour la renseigner.
L'adulte, petit débutant qui ne connaissait pas l'Histoire, la vie de Résistance de Margaux trouva habile de lui rétorquer que lui avait l'autorité requise et qu'elle pouvait se confier à lui.
Margaux, pour finir, lui dit qu'elle savait ce qu'il était et qu'elle ne s'adresserait qu'à un humain.

Elle dormait de plus en plus mal. Elle avait pris l'habitude de fermer sa porte à clef depuis l'agression des machines qui avait mit au grand jour la supériorité de Margaux pour ce qui est de la volonté de se taire.
Le combat de tout une vie fatigue immanquablement, et insidieusement. Et Margaux ne pouvait pas se permettre de dormir réellement des deux yeux.
Elle avait pris l'habitude également de se badigeonner la bouche de beurre de façon à ce qu'il fut impossible de substituer une bouche mécanique à la sienne. Ça glisserait et ça ne tiendrait jamais. Parallèlement à ça, elle continuait d'écrire ses lettres pleines de questions. Et elle continuait à les cacher sous son lit. Ce lit qui commençait à ne plus être assez grand.

Le temps passait et Margaux était de plus en plus seule dans son combat. Elle n'avait aucun camarade en quatrième.
Trop versatiles.
Elle commençait à voir comment les humanoïdes recrutaient, parmi les enfants, leurs futurs soldats. Ceux qui acceptaient de se faire opérer...
Certains revenaient avec des bandages ou des plâtre, prétextant des accidents quelques semaines plus tôt alors que Margaux était là, quelques semaines plus tôt, et qu'elle n'avait rien vu.

Ce n'ai que bien plus tard qu'elle commença à comprendre pourquoi elle n'avait jamais de réponses.

On lui parla du fait de changer de collège.

On lui parla de la mettre dans un établissement où plusieurs adultes seraient chargés d'apporter des réponses à ses questions.

... On lui parla des lettres. On les avait trouvé. On trouvait toutes ces lettres sans exceptions très intéressantes et on en parlerait avec elle. Du moins, si elle le désirait.

On lui demanda de rentrer chez elle, et de prendre quelques affaires qu'elle aimait bien et d'autres de rechanges, mais pas trop.

Elle supposait qu'ils mentaient, naturellement, pour les lettres. Ils ne pouvaient pas les avoir trouvées, elles étaient cachées sous le lit.

Elle rentra chez elle sur la banquette arrière de la voiture de l'homme qui l'avait violenté il y a maintenant plusieurs années. Elle avait la peur au ventre, et une insoutenable impatience concernant l'histoire des lettres... comment auraient-ils pu être au courant? Personne n'avait fouillé sa chambre pendant la nuit car elle ne dormait que d'un oeil et l'autre surveillait la poignée de la porte... elle seule savait.
À peine arrivée devant la maison, elle sorti précipitamment de la voiture et couru à l'entrée de la maison.

Une femme était là qui pleurait, sur le canapé du salon et qui lui dit qu'elle était désolé ma petite fille... mon poussin...

Margaux monta quatre à quatre les marches de l'escalier qui menait à sa chambre.

Sa porte était ouverte... ils avaient trouvés sa chambre, mais Margaux avait encore bonne espoir...
Espoir... l'espoir... et elle regarda sous le lit... les lettres...
Elle eu des larmes qui remplirent ses yeux. Des larmes de peur. Une peur qui grandissaient à chaque seconde.

Ils avaient trouvés les lettres. Ils les avaient trouvées alors qu'elle seule savait. Comment était-ce possible?...

La gravité de la situation était sans précédant et la réponse ne se fit pas attendre.
Elle n'avait pas ouvert la bouche depuis si longtemps. Ils ont dû réussir, un jour, sans qu'elle s'en rende compte, à substituer, malgré le beurre, un bouche mécanique à la sienne... d'ailleurs, pour en avoir le coeur net elle essaya à cet instant de parler et rien ne sorti. C'était la preuve.
Malgré toutes ses nuits à ne pas dormir, ils avaient réussi à échanger sa bouche.
Toutes ces années de lutte... et ils avaient réussi. Enfin.
Elle connaissait cette guerre mieux que personne mais ça n'avait pas suffit.

Ce qui avait dû suivre le vol de sa bouche, elle le devinait sans peine. Par des méthode de torture élaborées dans un laboratoire secret, ils avaient forcé sa bouche à leur dire tout ce qu'elle savait. Et sa bouche n'avait pas eu la force de résister aux mauvais traitements. Sa bouche n'avait pas l'immense courage de Margaux. Et Margaux venait de découvrir toute la vérité.
Ils allaient l'emmener, elle aussi et l'obliger à parler pour poser aux automates toutes les questions qu'elle se posait, et ils allaient en faire une automate qu'ils allaient opérer comme ceux qu'elle a vu à son école.

Elle devait avant tout retirer cette bouche mécanique qui tenait là, malgré le beurre.
Elle sorti de sa chambre. L'homme était à l'entrée de la maison et l'attendait. Elle lui dit " j'arrive " de se ton mécanique que sa vrai bouche n'aurait jamais pu prendre.
Rapidement elle fit le tour de la maison à la recherche de quelque chose.

Arrivée à la cuisine, elle trouva enfin un objet pointu, un tournevis, qu'elle se planta dans la gencive, et qu'elle fit tourner avec acharnement. Elle s'y repris à deux fois pour la machoire inferieure et le temps pour son père d'intervenir, elle avait déjà détruit la majeure partie de ce qui ne ressemblait plus à rien...

Elle était prostrée dans un coin de la pièce à même le sol, et le regardait avec les yeux d'un animal traqué par la folie. Son souffle court s'échappait de ce qui n'était plus qu'un palais et une langue.
Les lèvres avaient également été arrachées.

Elle regarda l'homme. Longtemps.
Elle éprouvait une douleur abominable, plus vive que tout ce qu'elle avait pu connaître, mais ça n'était rien à coté de ce qu'ils lui aurait fait, pensa-t-elle, avec une légère sensation de victoire.